Sur le continent, environ 411 millions de personnes – soit près d’un tiers de la population totale – n’avaient pas accès à des services d’eau potable de base en 2020.
(Par Mtchera Johannes Chirwa, Directeur du développement de l’eau et de l’assainissement, et Anthony Nyong, Directeur du changement climatique et de la croissance verte, Groupe de la Banque africaine de développement – www.AfDB.org)
Chaque année, la Journée mondiale de l’eau met en lumière les défis pressants liés aux ressources hydriques mondiales et les actions nécessaires pour y faire face. Nulle part ailleurs cette problématique n’est aussi cruciale qu’en Afrique, où vivent près de 1,4 milliard de personnes, un chiffre qui devrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2050. En 2020, environ 411 millions de personnes sur le continent – soit près d’un tiers de la population totale – n’avaient pas accès à des services d’eau potable de base. Rien qu’en Afrique subsaharienne, environ 387 millions de personnes luttent quotidiennement sans accès à une eau sûre.
L’Afrique abrite des “châteaux d’eau” naturels essentiels, notamment des montagnes et des glaciers qui jouent un rôle clé dans la sécurité hydrique et la résilience climatique. Cependant, ces ressources sont gravement menacées. Les glaciers des monts Rwenzori, du mont Kenya, des monts Virunga et du Kilimandjaro fondent à un rythme alarmant et devraient disparaître complètement d’ici 2050, mettant en péril l’approvisionnement en eau de millions de personnes. En cette Journée mondiale de l’eau, l’urgence de protéger ces ressources et de collaborer pour sécuriser l’eau pour les générations futures n’a jamais été aussi grande.
L’eau est fondamentale pour le développement socio-économique de l’Afrique. Le Panel international de haut niveau sur les investissements dans l’eau en Afrique estime que l’Afrique subsaharienne perd chaque année 5 % de son PIB – soit l’équivalent de 170 milliards de dollars – en raison de la faiblesse des infrastructures hydriques. Pourtant, investir dans la sécurité de l’eau offre des rendements considérables. Selon l’Union africaine, chaque dollar investi dans l’eau et l’assainissement génère au moins sept dollars de bénéfices en matière de santé, d’éducation, de sécurité alimentaire et de protection de l’environnement.
Le changement climatique aggrave la rareté de l’eau, perturbant les cycles hydrologiques, modifiant les régimes de précipitations et réduisant la disponibilité de l’eau pour l’agriculture et l’élevage. Cela menace directement la sécurité alimentaire et nutritionnelle sur le continent. Pour relever ces défis, il est nécessaire d’adopter des solutions pratiques et des cadres politiques solides. Des plans de gestion intégrée de l’eau, axés sur les bassins fluviaux et les zones de captage, sont essentiels pour optimiser l’utilisation des ressources. Investir dans des infrastructures résilientes garantit un accès fiable à l’eau, en particulier dans les régions sujettes aux inondations et aux sécheresses. Les pratiques d’économie d’eau, comme la collecte des eaux de pluie et la réutilisation des eaux usées, peuvent maximiser les ressources disponibles. La restauration des écosystèmes naturels, y compris les berges et les zones humides, joue également un rôle crucial dans la préservation des sources d’eau. Les solutions fondées sur la nature, comme le reboisement et la restauration des écosystèmes, sont tout aussi importantes pour renforcer la résilience hydrique et aider les paysages à s’adapter aux changements climatiques.
L’engagement de la Banque africaine de développement
Reconnaissant que la sécurité de l’eau est un pilier du progrès dans tous les secteurs, la Banque africaine de développement investit environ 2,8 milliards de dollars par an pour renforcer la résilience hydrique. Des mesures politiques doivent compléter ces interventions pratiques. Le renforcement des lois et réglementations sur la gestion de l’eau est crucial pour garantir un impact à long terme. La mise en place et la formation de comités locaux de gestion de l’eau permettent une meilleure coordination et prise de décision, tandis que l’amélioration des systèmes de surveillance météorologique et d’alerte précoce aide les communautés à mieux se préparer aux chocs climatiques.
Pour accélérer l’action climatique, la Banque a mis en place la Climate Action Window dans le cadre du Fonds africain de développement, visant à mobiliser entre 4 et 8 milliards de dollars pour des initiatives axées sur le climat. 75 % de ces fonds sont destinés à l’adaptation climatique, avec des investissements significatifs dans les infrastructures hydriques. Lors du premier appel à propositions en décembre 2023, neuf projets axés sur l’eau, pour un montant total d’environ 72 millions de dollars, ont été sélectionnés afin de renforcer les investissements dans les infrastructures d’eau et d’assainissement. Douze autres projets, représentant 98 millions de dollars, concernent plusieurs secteurs, dont l’accès à l’eau pour l’agriculture, l’amélioration de la résilience des systèmes hydriques et le renforcement des systèmes d’information climatique et d’alerte précoce.
Actuellement, la Banque gère 121 opérations actives dans le secteur de l’eau, dont six projets multinationaux et régionaux d’une valeur totale d’environ 6 milliards de dollars. Tous sont conçus en tenant compte des enjeux climatiques. Le Fonds africain de l’eau (African Water Facility – www.AfricanWaterFacility.org), hébergé et géré par la Banque africaine de développement, joue également un rôle essentiel en garantissant que les projets du secteur de l’eau sont conçus de manière durable et résiliente face au climat.
En Kenya, le programme financé par la Banque, Kenya Towns Sustainable Water Supply and Sanitation Program (apo-opa.co/4kYg0Ao), a considérablement amélioré l’accès à l’eau potable dans 19 villes, tandis que les services de gestion des eaux usées ont été étendus à 17 villes, bénéficiant à plus de trois millions de personnes. Le programme intègre l’énergie solaire pour réduire les coûts de production et de distribution de l’eau. Le projet Othaya Sewerage Wastewater Treatment, dans le cadre de cette initiative, favorise la réutilisation des déchets pour la production d’énergie et l’agriculture, notamment à travers la fabrication de briquettes de cuisson et d’engrais organiques.
En Éthiopie et au Soudan du Sud, le projet Climate Proof Water for Food de la Banque vise à renforcer l’adaptation et la résilience de 211 000 personnes dans la région de Gambella en Éthiopie et dans l’État de l’Unité au Soudan du Sud. Cette initiative comprend la construction et la réhabilitation de quatre systèmes d’approvisionnement en eau alimentés par l’énergie solaire et la mise en place de mesures intégrées de gestion des inondations pour favoriser la transition vers une agriculture intelligente face au climat.
Placer l’eau au cœur de l’action climatique
Relever les défis de la sécurité hydrique et du climat en Afrique nécessite une planification stratégique, des investissements dans des infrastructures résilientes et des politiques intégrant l’adaptation climatique dans les cadres de gestion de l’eau. Les initiatives en cours de la Banque africaine de développement montrent que faire de l’eau un axe central de l’action climatique – à travers des investissements dans des infrastructures durables, la restauration des écosystèmes et le renforcement de la gouvernance – est essentiel pour atténuer les effets du changement climatique et préserver les ressources en eau du continent pour les générations futures.